« J’ai eu de la chance. » « J’ai gagné cette négociation, mais j’ai eu de la chance : la partie adverse était très indulgente. » « Je n’ai pas de mérite, le dossier était facile. »
Ces phrases, je les entends très souvent. Dans mes accompagnements comme dans les bilans de compétences. Des personnes jeunes ou moins jeunes, avec une réelle expertise, un parcours exigeant… et pourtant la conviction tenace de ne pas être à leur place.
Ce sentiment porte un nom : le syndrome de l’imposteur. On peut le définir comme une condition psychologique où une personne doute constamment de ses compétences, de sa réussite, et a le sentiment de ne pas mériter son statut ou ses réalisations.
Je vous propose de regarder ce mécanisme de plus près, de comprendre d’où il vient, et de voir comment l’apprivoiser.
Les signes qui doivent vous alerter
Le doute fait partie de la vie professionnelle. Il devient un piège quand il s’installe durablement. Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations, il est peut-être temps de vous poser la question.
Dans votre façon de regarder vos réussites
- Vous attribuez vos succès à la chance ou aux circonstances, rarement à vos compétences.
- Vous vous comparez souvent, et toujours à votre désavantage : « Il y a bien meilleur que moi. »
- Vous avez le sentiment que d’autres mériteraient davantage votre place, et feraient beaucoup mieux que vous.
Dans votre façon d’agir
- Vous refusez des opportunités : « J’ai peur de ne pas être à la hauteur, je ne peux pas prendre ce dossier. »
- Vous repoussez, vous procrastinez, faute de vous sentir légitime.
- Vous n’osez pas demander de l’aide : « Sinon, on va tout de suite se rendre compte que je suis nul(le). »
- Vous vous surinvestissez, souvent au-delà de vos limites, pour camoufler vos doutes.
Derrière tout cela, une peur revient presque toujours : la peur d’être démasqué(e), que les autres finissent par découvrir une « incompétence » qui n’existe, le plus souvent, que dans notre tête.
Une histoire qui vous parlera peut-être
Ce qui s’est passé
Une avocate, que j’ai accompagnée, m’a confié un jour n’avoir jamais « digéré » une note : un 1/20 à son tout premier partiel de droit, en première année. Plus de vingt ans auparavant.
Ce qu’elle s’est dit
Elle avait vécu cette note comme un échec doublé d’une humiliation. Et elle en avait tiré une conclusion qui ne l’a plus quittée : « Je suis nulle. Ou en tout cas, médiocre. »
Ce qu’il en était vraiment
Vingt ans plus tard, elle exerçait depuis de nombreuses années dans un cabinet d’affaires de renom. Un parcours que beaucoup lui envieraient. Et pourtant, ce 1/20 était toujours là, bien vivant, à nourrir ses doutes.
Une seule expérience, vécue comme une humiliation, peut suffire à installer une croyance pour des décennies.
Le grand décalage
Objectivement, rationnellement, le constat est sans appel. Les personnes que j’accompagne ont toutes obtenu des diplômes certifiants et ont des parcours professionnels valorisants.
Et pourtant, le syndrome de l’imposteur les empêche de s’en reconnaître le mérite.
C’est ce décalage entre le ressenti de la personne et le regard que portent les autres qui interpelle. Et qui pose une question essentielle : d’où vient cette autodépréciation permanente ?
D’où vient ce sentiment ?
Il n’y a pas une cause unique, mais plusieurs ingrédients qui se combinent souvent.
Le perfectionnisme
C’est un point commun à presque toutes les personnes que j’accompagne. La barre est placée si haut qu’il devient presque impossible de l’atteindre, et l’on s’épuise inutilement à essayer.
Le système éducatif
Longtemps axé sur la performance à travers les notes plutôt que sur l’apprentissage, il a appris à beaucoup d’entre nous à ne voir que ce qui manque. Le regard porté sur certaines études n’aide pas non plus : « Le droit, ce n’est pas difficile, il suffit de travailler, pas besoin d’être très intelligent. »
Les injonctions de l’enfance
« Tu aurais pu mieux faire ! » « Ne me déçois pas ! » Quand on a entendu ces phrases toute son enfance, la pression reste longtemps. L’enfant qui sommeille en nous continue de vouloir répondre à une attente aussi irréaliste que maladroite. Une personne que j’accompagnais se souvenait de son père, au bord des tatamis de judo, qui lui répétait : « Soit t’es sur le podium, soit t’es nul ! »
Bon à savoir
En analyse transactionnelle, on parle de « drivers ». Il en existe cinq. Ce sont des forces qui nous poussent malgré nous, de manière inconsciente, presque comme des réflexes : des réponses conditionnées aux messages reçus dans l’enfance. Ici, il s’agit du driver « Sois parfait ».
Les expériences passées
Un échec, une humiliation, comme ce 1/20 jamais digéré, peuvent laisser une trace durable et alimenter des doutes bien des années plus tard.
La pression sociale et professionnelle
Enfin, de façon plus générale, un environnement très exigeant peut renforcer ce sentiment d’imposture ou de manque de légitimité.
La bonne nouvelle : on peut l’apprivoiser
Le syndrome de l’imposteur n’est pas une fatalité. On peut le « dompter », en quelque sorte.
En coaching, le regard du coach vient confronter, avec bienveillance, le décalage entre la perception de la personne et celle des autres. L’idée est d’aider la personne à prendre conscience de ce décalage, puis à s’approprier un nouveau regard sur elle-même : ses compétences, ses qualités, ses réalisations.
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Cinq pistes pour apprivoiser ce syndrome
Voici les pistes que je propose le plus souvent en accompagnement :
- Accueillir ce que vous ressentez. Reconnaître le syndrome, ses manifestations, et la souffrance réelle qu’il génère. C’est la première étape.
- Partager vos doutes. En parler avec d’autres permet d’en atténuer l’intensité et de relativiser. Vous découvrirez souvent que vous n’êtes pas seul(e).
- Identifier et exprimer vos émotions. Mettre des mots sur ce qui se passe, c’est déjà commencer à reprendre la main.
- Accepter que la perfection n’existe pas. Et voir l’échec pour ce qu’il est vraiment : une occasion d’apprendre.
- Vous fixer des objectifs réalistes. Des objectifs atteignables, pour progresser pas à pas et pouvoir, enfin, constater vos progrès.
Le coaching aide ainsi à comprendre ce qui se joue, et à reprendre le contrôle de cette croyance limitante que l’on s’est créée, et que l’on continue, sans le savoir, à nourrir.
Un petit défi pour cette semaine
Je vous propose d’essayer. Chaque soir de cette semaine, notez une chose que vous avez réussie dans la journée, même petite. Puis, juste à côté, écrivez ce que vous y avez apporté : une compétence, une qualité, un effort.
Une seule règle : le mot « chance » est interdit.
En fin de semaine, relisez votre liste. Vous pourriez être surpris(e) par ce que vous y découvrirez.
On se raconte tous des petites histoires auxquelles on croit fortement. On peut aussi changer l’histoire.
Et vous, quelle est la dernière réussite que vous avez mise sur le compte de la chance ? Racontez-la-moi en commentaire.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?
Le syndrome de l’imposteur est une condition psychologique dans laquelle une personne doute constamment de ses compétences et de sa réussite, avec le sentiment de ne pas mériter son statut ou ses réalisations. Il touche souvent des personnes au parcours solide et reconnu, qui attribuent pourtant leurs succès à la chance ou aux circonstances.
Quels sont les signes du syndrome de l’imposteur ?
Plusieurs signes doivent alerter : attribuer ses succès à la chance, se comparer toujours à son désavantage, refuser des opportunités par peur de ne pas être à la hauteur, procrastiner, ne pas oser demander de l’aide ou se surinvestir pour camoufler ses doutes. Derrière tout cela, une peur revient presque toujours : celle d’être démasqué(e).
D’où vient le syndrome de l’imposteur ?
Il n’y a pas une cause unique, mais plusieurs ingrédients qui se combinent souvent : le perfectionnisme, un système éducatif longtemps centré sur les notes, les injonctions entendues dans l’enfance, une expérience passée vécue comme une humiliation, ou encore un environnement professionnel très exigeant.
Peut-on se libérer du syndrome de l’imposteur ?
Le syndrome de l’imposteur n’est pas une fatalité : on peut l’apprivoiser. Accueillir ce que l’on ressent, partager ses doutes, mettre des mots sur ses émotions, accepter que la perfection n’existe pas et se fixer des objectifs réalistes sont des pistes efficaces. En coaching, le regard bienveillant du coach aide à prendre conscience du décalage entre sa propre perception et celle des autres.

